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Projet « Des Médias Presque Parfaits »

Projet « Des Médias Presque Parfaits »

Le paysage médiatique actuel est tumultueux, c’est un fait. Les sources se multiplient de jour en jour, chacun apportant la promesse médiatique fondamentale sans que pour autant ces nouveaux supports et médias parviennent à s’adresser à des audiences massives. Pire, la micro-segmentation est de mise et bien inspirés sont celles et ceux qui parviennent à opérer une compréhension globale de cet environnement. Entre rumeurs, fake news, surabondance médiatique, les pièges sont nombreux et la nécessité d’une éducation aux médias s’avère être d’une utilité citoyenne cruciale. Focus sur le projet « Des Médias Presque Parfaits » porté par Virginie Spies, sémiologue des médias et Guillaume Hidrot.

Ce projet est une initiative qui promeut l’éducation aux médias à l’attention des plus jeunes. Car parmi tous les enseignements proposés à l’école, celui de la compréhension des médias, de leurs discours et la réflexion quant aux pratiques médiatiques personnelles est une grande absente des programmes. Tout comme le Clemi, DMPP propose par l’intermédiaire de ces vidéos, des clés d’analyse, de compréhension des médias. Car passer plusieurs heures par jour devant tous types d’écrans, tous types de contenus, de formats sans posséder quelques clés d’interprétation est un danger considérable.

La pratique médiatique étant pour la plupart des cas une pratique personnelle, être autodidacte face à des dispositifs protéiformes comme le sont les médias est pratiquement impossible. Connaissance de l’image, de la langue, des techniques de narration (montage, formats, etc.), connaissance des textes, des sous textes, des structures émettrices, de leur situation, de leurs idéologies, de leurs objectifs et j’en oublie sont des thèmes quasi incontournables pour se forger des convictions plurielles et savoir piocher avec une certaine raison au sein de tous ces canaux.

La vidéo ci-dessous de DMPP revient en détail sur ce concept d’éducation aux médias (n’hésitez surtout pas à la partager pour sensibiliser autour de ce thème fondateur).

Et si ce thème ne trouve pas grâce à vos yeux, deux études d’actualité fournissent là encore des indications quant à l’incertitude médiatique dans laquelle les jeunes (et moins jeunes) citoyens se trouvent actuellement, entre défection de l’information, confiance très modérée à l’égard des structures émettrices et tendance appuyée à l’égard des rumeurs et autres théories du complot.

A ce titre, il est intéressant de consulter « Le conspirationnisme dans l’opinion publique française » ainsi que le « Baromètre 2018 de la confiance dans les médias« .

Lorsque l’on consulte conjointement ces deux études, la préoccupation se porte en premier lieu auprès des plus jeunes. En effet (même si les méthodes de recueil ne sont pas les mêmes). En effet, les 18-24 sont 21 % à croire à sept théories du complot ou plus tandis que cette même tranche d’âge n’est que 49 % à se dire intéressée par l’actualité publiée dans les médias. Par ailleurs, cette tranche de la population est, dans cette étude 2018, la plus méfiante à l’égard des journaux (56 %) et de la radio (49 %).

Parallèlement, le web est vu cette année comme étant le média le moins crédible tandis que les médias « régaliens » voient leur crédibilité partiellement réhabilitée. La vague des « fake news » est passée par là et le web a été clairement identifié comme le média associé à cette dépréciation de l’authenticité de l’information.

Il demeure qu’au delà de ces indices de confiance fortement fluctuants d’une année à l’autre, c’est bien leur lecture, leur compréhension, la manière dont nous les appréhendons quotidiennement qui questionne et doit être travaillée. Comment un boulanger pourrait-il réussir son pain si on ne lui apprend pas ? Comment un conducteur pourrait-il conduire correctement et sans danger vis-àvis des autres si on ne lui apprend pas ? Un boulanger peut essayer de faire du pain en utilisant tout un tas d’ingrédients et faire quelque chose, mais sans apprentissage le résultat sera toujours incertain, la connaissance imparfaite, le goût aléatoire et l’acquis d’expérience insuffisant.

A l’égard des médias nous sommes dans une situation similaire. Nous sommes face à un domaine inconnu de base, en évolution permanente et soumis à toutes les formes de tendance. A nous de nous armer pour faire face à cela. A nous d’être humbles et de considérer qu’aller sur internet, utiliser son smartphone, ouvrir un journal, allumer la télévision ou écouter la radio est un acte pro-actif qui demande une expérience pour en comprendre à la fois le sens premier, en saisir son contexte et en interpréter la portée.

Plus que jamais, « l’éducation aux médias » est une nécessité dans une optique de citoyenneté éclairée du XXIe siècle.

Ci-dessous, Virginie Spies nous fait la gentillesse de répondre à quelques questions sur le projet DMPP, le sujet plus globale de l’éducation aux médias ainsi que quelques derniers sujets d’actualité qui questionnent et interpellent dans ce contexte général.

 

 

>> INTERVIEW VIRGINIE SPIES

En quelques mots, qu’est-ce que le projet DMPP et comment se matérialise-t-il ?

« Des médias presque parfaits », DMPP est un projet qui a pour ambition de décrypter, d’analyser les médias de manière assez accessible afin que chacun puisse y apprendre ou trouver quelque chose. C’est la rencontre entre Guillaume Hidrot (co-auteur, réalisateur et producteur des vidéos) et moi-même (co-auteur, maître de conférences, sémiologue et analyste des médias) qui a permis de mettre en oeuvre ce projet. Nous avions pour habitude de travailler ensemble sur un certain nombre de projet (au théâtre par exemple, où nous écrivons et mettons en scène des pièces sur la thématique des médias), alors la questions des vidéos du web est devenue comme une évidence. Derrière cela, il y a l’idée de vulgariser mon travail de recherche sur les médias et de le rendre accessible au plus grand nombre. Et nous croyons que Youtube ou Facebook sont des outils formidables pour cela.

Pour vous l’éducation aux médias, est-ce avant tout démêler le réel, de la fiction, du ludique ou apprendre au plus grand nombre à identifier et qualifier les sources d’information ?

Tout cela en même temps bien sûr ! Les problèmes ne sont pas les mêmes selon les types de médias et de discours, les questions à se poser sont différentes si on tombe sur une information via Facebook ou bien si on se regarde un journal télévisé. Il y a donc énormément de points à aborder et nous avons beaucoup de travail ! L’objectif de nos vidéos est aussi de donner envie aux internautes qui regardent nos vidéos d’aller plus loin (au moyen de lectures que nous conseillons par exemple).

A celles et ceux qui pourraient voir dans l’éducation aux médias un moyen de « nous dire quoi et comment penser » via des codes et pratiques enseignés, comment parviendriez-vous à les convaincre des bienfaits de la démarche ?

Excellente question ! La seule chose que je puisse leur dire en ce qui concerne DMPP c’est de regarder nos vidéos car le coeur de notre démarche est justement de ne pas juger. Nous ne voulons juger ni les médias, ni leurs publics car nous pensons que la démarche serait stérile. Prenons un exemple : si nous faisons une vidéo qui condamnerait Cyril Hanouna, ce serait assez simple et cela conforterait les personnes qui n’aiment pas ses émissions. Au contraire, si nous faisons un jour une vidéo sur cet animateur, nous tenterons d’expliquer comment son émission fonctionne, pourquoi elle a du succès et quels sont les ressorts de TPMP. De cette manière (bien plus subtile que la condamnation), nous souhaitons aider les publics à mieux comprendre les médias et leurs propres pratiques. Juger nous semble inutile, aider à comprendre nous parait fondamental.

Vous militez pour que l’éducation aux médias intègre les programmes de l’éducation nationale. Quand on voit que l’éducation civique est proposée dans les établissements, cela ne serait-il pas une possibilité d’intégrer ce volet d’analyse et d’appréhension du système médiatique ?

Bien sûr ! Cela serait une très bonne idée. On peut aussi noter qu’il y a de plus en plus d’éducation aux médias dans les programmes de l’éducation nationale et c’est une très bonne chose. Ce que nous soulevons (et c’est un problème structurel), c’est que l’éducation aux médias n’est pas encore systématique, et qu’elle arrive souvent grâce à des professeurs motivés qui ont conscience de l’importance des médias dans la vie de chacun. Donc oui, il y a de plus en plus d’éducation aux médias à l’école, au collège et au lycée, mais cela nous semble encore insuffisant. Pour aller encore plus loin, je crois qu’il faudrait un CAPES afin de faire entrer les sciences de l’information et de la communication au collège ou au lycée au même titre que la géographie, les mathématiques, la physique… Les jeunes passent énormément de temps avec et « sur » les médias chaque jour, il font donc leur donner les clés de leurs usages.

Le contexte actuel est très trouble en terme d’information. On peut tout d’abord évoquer le lancement de RT France avec ce slogan provocateur « oser questionner ». Que vous inspire cette nouvelle chaîne d’information irriguée en direct depuis le Kremlin et comment la présenteriez-vous en terme d’éducation aux médias ?

Comme un cas d’analyse intéressant car il s’agit d’un discours très orienté. L’arrivée de RT en français montre qu’il est plus que jamais urgent que chacun se saisisse de l’éducation aux médias.

La fondation Jean-Jaurès vient tout récemment de publier son étude consacrée au « conspirationnisme dans l’opinion publique française« . Les résultats y sont édifiants avec seulement 21 % des sondés qui ne croient à aucune théorie conspirationniste et des résultats réellement inquiétants pour les plus jeunes. Comment percevez-vous ces résultats ?

D’une part, les français ont toujours été méfiants vis à vis des médias, donc de ce point de vue cela ne m’étonne pas. D’autre part, ont voit bien que le web (formidable outil d’accès à l’information) contribue aussi à véhiculer ce que l’on appelle désormais les « fake news » dans lesquelles nous pouvons tous tomber. Et la croyances dans la théorie conspirationniste est le signe (s’il en fallait un) qu’il est plus que jamais urgent que chacun se saisisse de la question d’une meilleure compréhension des médias.

L’éducation aux médias, c’est aussi dans une certaine mesure appréhender les temps de consultation, les écritures médiatiques, les formats d’information, bref, s’intéresser aux pratiques médiatiques personnelles. Dans ce contexte individuel, quelle(s) clé(s) globale(s) peut-on fournir aux plus jeunes pour construire en toute liberté leurs jugements ?

Il faut je crois essayer de parler aux personnes de leur pratiques, et ces pratiques nous les connaissons. Nous savons par exemple que les ados fréquentent plus volontiers Snapchat que Facebook. Ensuite, il me semble aussi important de parler de sujets transversaux et qui concernent toutes nos pratiques : la dichotomie réalité / fiction, l’information, etc.

L’étude de la fondation Jean-Jaurès indique également que seul 25 % des personnes interrogées jugent que « globalement, [les médias] restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont fait une erreur ». La défiance est manifeste, les marques médiatiques établies sont mises au banc au profit de petites entités idéologiques. Pensez-vous que désormais, plus que jamais, on consulte un média qui confirmera nos intuitions et non qui nous fournira des clés d’interprétation diversifiées ?

« Plus que jamais », oui dans le sens où Internet permet à chacun d’aller chercher l’info qu’il souhaite et où il le souhaite, mais pour moi, Internet est à la fois la maladie ET le vaccin : on y trouve de tout et même le pire, mais c’est aussi le lieu où l’on peut expliquer les phénomènes médiatiques et donc permettre à chacun d’accéder à une culture et jusqu’alors était plus difficile d’accès.

Comment aider concrètement le projet DMPP et l’association « Pour comprendre les médias » (qui fournit des contenus pédagogiques) ?

En partageant nos contenus et nos vidéos, c’est la clé ! Plus nos vidéos seront vues (sur Youtube et Facebook), plus cela ira vite. Les plus jeunes peuvent aussi en parler à leurs profs, qui eux-mêmes peuvent diffuser les vidéos en classe bien entendu. Nous faisons aussi parfois des conférences bien entendu, mais le meilleur moyen est la viralité, que chacun partage et nous propose aussi en commentaire les sujets qu’ils voudraient que l’on traite. Nous ne manquons pas d’idées mais nous sommes vraiment à l’écoute des internautes !

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