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Dimanche trop

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imanche dernier, l’émission politique de Canal Plus « Dimanche + » faisait sa rentrée pour sa cinquième saison avec à sa tête la journaliste Anne-Sophie Lapix. La nouvelle saison apporte très souvent son lot de nouveautés dans les émissions ayant déjà une certaine longévité à l’antenne. La règle est d’or et fût appliquée cette saison pour « Dimanche + » avec l’apparition en début d’émission d’un journal d’actualité. Mais un journal sur Canal plus ne ressemblera décidément jamais tout à fait aux autres.

Il faut tout d’abord préciser que la présence d’un journal télévisé sur l’antenne de Canal Plus un dimanche est en soi un événement puisque cela n’a jamais (à moins que ma mémoire ne me trahisse) eu lieu. Plus généralement, les fin de semaine furent de longues années durant une zone sinistrée pour les journaux télévisés sur la chaîne cryptée. L’amorce d’un changement ayant été observée l’année dernière avec la présentation au début de l’émission « L’effet papillon » d’un journal d’actualité par Daphné Roulier au cœur même du décors de l’émission, le samedi à la mi-journée.

Cette année donc, il s’agit d’un journal proposé le dimanche en début d’émission politique. A première vue, rien qui puisse interpeler si ce n’est que l’on peut désormais remarquer avec plaisir la tenue d’une session d’information quotidienne sur la chaîne.

Mais cette version du journal s’est équipée d’un nouvel outil à l’usage plus que discutable. En effet, avant le début du journal, l’invité qui va être interrogé dans « Dimanche + » fait son entrée sur le plateau faisant face à la présentatrice pendant toute la durée du bulletin. Par ailleurs, ce personnage politique a à sa disposition un bouton rouge (sous forme de plus, cf. photo d’entête de cet article) qui lui permet, à tout moment lors de la vision d’un sujet, de manifester son envie de commenter l’information à l’antenne. Au cœur d’un reportage donc, une seconde petite fenêtre s’ouvre accompagnée d’un son de buzzer (cf. photo ci-dessous).

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Une fois le sujet terminé, la parole est donnée à ce témoin d’un genre inhabituel afin qu’il puisse donner son sentiment et ainsi arguer dans le sens de son discours.

Cette méthode me choque. En effet, un journal télévisé a cela qu’il doit impliquer dans sa narration (qualité des reportages) ainsi que dans sa présentation (tenue du / de la journaliste dans l’énonciation des informations) une objectivité relative (puisqu’en absolue elle n’existe pas). L’exercice est périlleux et bon nombre de journaliste se font quotidiennement brocardés pour une objectivité zizaguante.

Dès lors, dans le cas présent, c’est à la fois le travail des journalistes qui est battu en brèche tout comme la crédibilité du journaliste garantissant, tout en le présentant, le travail de ses confrères. Comment ce « témoin » politique peut-il avoir valeur de commentateur dans un journal dont l’objectif est de permettre à l’opinion de se forger en toute neutralité sa propre opinion ? Le temps de l’information sous tutelle du Ministère de l’Information est révolu (aux latitudes exercées par les pouvoirs près).

Ce système, au delà de la rupture dans le rythme à l’antenne, induit également une posture de justification de la part de la journaliste. En effet, les commentaires peuvent rapidement devenir des mises en accusation, dans quel cas, l’espace dédié à l’information devient celui de la justification. Position inconcevable à tenir tout au long d’un journal.

En somme, ce nouveau système me fait m’interroger sur deux points quant à son utilisation. Faire perdurer ce système en continuant à l’insérer dans un espace intitulé « JT » me paraît en complet décalage. User de ce système dans un dispositif hybride de revue des grands titres de l’actualité (non dénommé « JT ») me paraîtrait dans ce cadre là, beaucoup plus intéressant dans l’approche d’un nouveau genre d’entretiens politiques.

Mais à ces infimes différences de forme (qui influent grandement sur le fond et la promesse), le grand public ne sera sans doute pas en condition de mesurer la nocivité du dispositif actuel et pourrait rapidement adopter ce système  pourtant fondamentalement inadapté.

Le « JT« , support ce cet article, est disponible ici.

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