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Pris à son propre piège

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ean Luc Delarue, en voici un nom qui depuis quelques jours maintenant tient tristement le haut du pavé médiatique (cet article s’inscrit dans cette veine j’en suis conscients) vis à vis de son actualité extra-cathodique. Une descente aux enfers pour certains, une aubaine pour d’autres, la situation de l’animateur-producteur ne laisse personne sans avis sur la question. Ici pas d’avis sur ce qu’il faut en penser, d’autres usent majestueusement de leur prose dans ce domaine, restons davantage dans la médiatisation de cette histoire.

Pour évoquer la médiatisation de cette péripétie, je voudrais tout d’abord refaire un point rapide sur l’émission quotidienne que Jean-Luc Delarue (désormais Sophie Davant pendant quelques mois) présente, « Toute une histoire« . De quoi s’agit-il ? Une thématique sociétale, le plus souvent récurrente, illustrée par des reportages, sujets fictifs et des reconstitutions en tous genres. Le point commun à toutes ces histoires, c’est qu’elles font partie du vivier inépuisable des faits divers, manifestant le spectre des idées préconçues et des clichés régulièrement. En plateau, des témoins (anonymes ou non) se confient à Jean-Luc, racontent leurs histoires, leurs ressentis, dialoguent un peu avec des experts ou des spécialistes de leurs cas (ou pathologies c’est selon). Une thématique est explicitée par émission, elle même découpée en trois sous-parties distinctement présentées pendant l’émission. Par ailleurs, le public en studio est régulièrement invité à réagir, questionner, se manifester et incarner la vox populi.

En synthétisant, l’émission est caractérisée par : un fait divers ; des images d’illustration ; un témoignage ; des experts qui commentent la situation ; le public qui s’exprime ; une histoire que l’on suit par chapitres distincts.

A présent, reprenons le déroulé des mésaventures de Jean-Luc Delarue. Tout commence comme un banal fait divers qui a l’inconvénient de concerner une personnalité à la notoriété affirmée. Rapidement les médias s’emparent de l’histoire et ouvrent le premier chapitre : la mise à l’index. pléthore de médias consacrent une brève voir même un reportage à ce fait, venant du coup illustrer (avec la part de romance adéquat) la situation. Rapidement le chapitre deux s’enclenche, Jean-Luc Delarue s’exprime lors du dernier enregistrement de son émission, faisant un mea culpa douteux (puisque implicitement, les témoins de ses émissions sont considérés comme vecteurs déclencheurs de ses troubles), illustrant à merveille la phase témoignage du processus. Dès lors, des « experts » (avec le biais télévisuel du terme) s’expriment, commentent tout azimut. Pendant ce temps, le troisième chapitre de l’histoire s’ouvre sur une phase de rédemption, dans lequel il se surmédiatise, le public est invité à s’exprimer sur son cas au travers de sondages d’opinion, la direction de France Télévisions le suspend d’antenne, etc. Jean-Luc Delarue profite alors de la situation pour se drapper dans les vertus de la situation et se retirer avec un panache de façade.

Tout cela pour en arriver à considérer deux aspects de la situation. Premièrement, cette situation relève avantageusement du fantasme dans ce qu’il peut avoir de plus fictionné. Comment considérer autrement que par la stupéfaction tout ce qui a pu se produire à l’occasion de cette histoire ? Tout, absolument tout, est orchestré de manière analogue au déroulé de son émission. La distorsion par rapport à l’émission quotidienne provient uniquement de la notoriété du personnage au cœur du scénario. La fiction prend place dans la réalité. Comment peut-on croire à un discours de vérité, à un mea culpa de Jean_Luc Delarue lorsque celui-ci s’exprime au sein même de son plateau de télévision, lieu dévolu à l’exacerbation des sentiments et à la distorsion des propos ? Comment peut-on croire à un discours de vérité de Jean-Luc Delarue lorsque celui-ci s’exprime sur plusieurs pages d’un hebdomadaire à la tendance fictionnelle affirmée ? Mais de tout cela, le public, habitué à la mécanique bien huilée de ce genre d’histoire, s’accommode tout à fait du processus et tend même à considérer la situation au bénéfice de l’animateur. Car avec ses faiblesses, Jean-Luc paraît humain et vulnérable et quoi de mieux pour un public avide d’histoires larmoyantes que de pouvoir compatir à ses péripéties. le bon sens n’a que faire dans pareils cas.

Second point, quel rapport futur Jean-Luc Delarue entiendra-t-il vis à vis de ses témoins alors que lui-même sera devenu l’un des leurs. Maintenant son image est affublée du sceau du malaise, celui qui touche quotidiennement tout ceux qui viennent se confier à lui. La légitimé, l’écoute attentive il la conservera eut égard à son parcours. La neutralité que son rôle de présentateur (donc de passeur de parole) lui confère s’est effondrée pour longtemps à présent.

Entre fantasme et vérité, entre réalité et fiction, Jean-Luc Delarue ouvre la voix à la situation paradoxale d’un homme qui présente sa vie tout vivant ses émissions.

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