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134 heures 42 minutes et 45 secondes

hurtigruten

on, il ne s’agit pas d’un temps moyen d’écoute de la télévision quelque part à travers le monde mais plus étrangement de la durée du plus long programme de télévision au monde qui s’est terminé mercredi midi en Norvège sur la chaîne de télévision NRK2.

Plus de cent trente quatre heures de programme pour suivre la totalité d’une croisière effectuée par le ferry Hurtigruten entre la ville du sud de la Norvège de Bergen jusqu’à celle opposée, du nord est, de Kirkenes, à la frontière de la Russie.

NRK2, la chaîne de télévision norvégienne qui a diffusé ce que l’on peut appeler une « expérience de télévision » a tout de même monopolisée son antenne pendant un peu plus de cinq jour et demi. Pour quel résultat à l’antenne ? Une émission qui dénote en tous points des standards télévisuels. Pas d’animateur, un rythme très lent (suivi en direct de la croisière), peu d’événements. Finalement, mis à part la multiplicité des caméras disposées sur le bateau ainsi que dans les différents lieux traversés (webcams disposées dans les villes côtières ou les fjords)  ont permis de prendre la pleine mesure de cette croisière considérée comme l’une des plus belles au monde.

Néanmoins, ce programme reste malgré tout, tout à fait spécifique au delà même de sa durée. Puisque des expériences longue durée ont déjà existé à la télévision (cf. 24h Berlin, en septembre 2009 sur Arte), néanmoins elles possédaient des trames narratives mises en place par la production et mises en scène par les images captées dans la « réalité« . Ici, l’expérience est tout autre puisque tout d’abord elle a le mérite de se dérouler en direct, de ne faire apparaître l’instant vécu que par un seul angle de vision (à l’inverse d’émissions montées ou l’action de champ contre champ apporte une profondeur à l’instant) sans même que des incrustations écrans ou même une voix off ne viennent altérer le récit originel et unique.

En somme, l’attrait de ce programme repose sur une triple promesse qui est celle de la beauté des paysages traversés, d’où l’aspect contemplatif du programme, la durée d’exposition de chaque scène qui reprend, pour une fois et c’est très rare en télévision, les standards d’observation humain ainsi qu’une part dévolue à cette fameuse « télé réalité« .

Pourquoi évoquer cet aspect de « télé réalité » ? Tout simplement car depuis le début de l’usage de cette expression, elle a été largement fagocitée, faisant entrevoir « la réalité » et le vécu en direct comme n’importe quelle sitcom rapidement mise en chantier. Cependant, « la réalité » telle que tout un chacun la vit n’est pas clippée, ne fait pas appel à une vision démiurge et suit une temporalité humaine à l’opposé de ce qu’est le rendu télévisuel classique. Dans ce cas précis, c’est l’éclatement de ces codes endémiques au média télévision qui rend ce programme encore plus singulier qu’il ne paraît. Car sous une apparence de vide dans le contenu (sous entendu l’absence d’action temporellement identifiables), c’est tout au contraire l’appréhension d’une expérience inédite (pour une part des téléspectateurs) qui est offerte dans des conditions proches de ce que peut être le vécu in situ (aux réserves près que la production a tout de même succombé à la multiplicité des angles des vues et des points d’observation) avec un déroulé conforme au déroulé au temps d’action humain.

Enfin, regarder cette émission c’est également créer une communauté physiquement circonscrite au bateau mais qui par la démartélisation télévisuelle accueil en son sein une multitude de nouveaux passagers. Dans un paysage télévisuel où les grands rendez-vous fédérateurs tendent à devenir très peu nombreux, la promesse implicite mise en place ici fait apparaître un standard terriblement actuel et qui dans le cas présent a su créer une très large communauté (cas très particulier en télévision). Est ce pour cette raison que le programme a généré une très forte audience ? Peut être, mais en aucun cas cet argument doit se retrouver être exclusif de ce résultat. Cependant (et cette réflexion n’engage pas d’une étude de la société norvégienne), ce type de programme et la thématique abordée ne représentent pas nécessairement des centres d’intérêt majeurs pour toutes les tranches de la population. La croisière ainsi que le tourisme naturel qui est associé vont probablement davantage répondre aux attentes d’une population plus âgée. Néanmoins, on peut légitimement penser que si le programme a réussit à réunir environ deux millions et demi de téléspectateurs c’est que l’attrait pour d’autres types de populations s’est manifesté via la forme du projet et son écriture.

Et cette double question de la forme ainsi que de l’écriture d’une émission s’inscrit de plus en plus fortement et explicitement à travers les envies du public. Puisque l’ère de la télévision a fini de s’inscrire dans la contemplation formatée d’émissions calibrées où le public dispose désormais de toutes les clés de lecture, il s’agit à présent de rendre son antenne expérimentale afin de raviver la curiosité du public, base intangible de sa fidélité d’écoute. Alors que les thématiques ne sont pas extensibles, il s’agit désormais pour le trio producteur-chaîne-diffuseur de prendre les risques nécessaires afin que le média télévision ne soit plus suiveur des nouvelles écritures mais vulgarisateur du genre et surtout précurseur. Dans ce registre là, les norvégiens viennent de mener une expérience marquante.

Vous pouvez retrouver les cent trente quatre heures de programme en intégralité (ainsi que des informations complémentaires) ici.

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