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La petite histoire DSK

ier soir à 20 heures, Dominique Strauss-Kahn s’exprimait pour la première fois en public depuis le début de ses ennuis débutés dans la suite du Sofitel. Une intervention attendue après tant de mois de commentaires et un silence qui sans doute pesait très lourd dans cette affaire qui a monopolisé une part importante de l’espace médiatique de ces derniers mois.

Cet article ne sera pas le lieu où débattre du contenu même des propos, cela en revient à des spécialistes de cette affaire et le propos de cet article restera centré autour de la construction du propos de l’ex patron du FMI dans sa forme.

Se présenter comme il l’a fait au cours d’une session d’information majeure est un acte risqué en soi, notamment lorsqu’il s’agit de faire acte de contrition comme il l’a fait. Justifier de pratiques privées devant un large public nécessite à la fois une précision dans les mots tout en adoptant une parole qui témoigne, en doublon des mots utilisés, d’une repentance teintée d’une demande de pardon.

Pour se faire, Dominique Strauss Kahn s’est évertué à user d’un profil de narration axé sur le récit d’investigation. Pour ce faire, il a à de nombreuses reprises brandit le document de synthèse rédigé par le procureur comme caution à l’ensemble de ses dires, sorte de preuves irréfutable qui garanti la parole d’un homme. Dans un contexte, où ses actes, ses gestes ont quant à eux trahis son personnage, se raccrocher comme il l’a fait à ce document témoigne du changement opéré au cœur même de l’homme, qui cette fois-ci argue des mots apposés par une autorité de droit.

Cette réappropriation ne s’est d’ailleurs pas effectuée dans une dimension robotisée où Monsieur Strauss-Kahn se serait simplement contenté de lire béatement les conclusions du rapport. Il a préféré narrer le déroulement de cette journée particulière tout en argumentant chaque instant charnières par ces paroles « sacrées » puisque énoncées par une institution faisant autorité.

Dès lors, cet entretien s’est tout naturellement transformé en un récit (romanesque, romancé ou extravagant ; le lieu n’est pas approprié pour en débattre) dont les formes furent mises avant toutes choses dans un rythme d’élocution très lent, un poids dans les mots, une succession de silences, un découpage constant des phrases afin que ces pauses puissent donner de l’ampleur et pénétrer l’inconscient du public. Par ailleurs, cette manière de s’exprimer (qui est tout sauf naturelle), se présente dans un effet de réalité, de ressenti profond, de mise à nu, d’expiation de ses pêchés.

Car oui, il faut l’admettre mais le premier quart d’heure de cet entretien s’est avantageusement déroulé comme un confessionnal plutôt qu’à la manière d’une interview comme on peut l’entendre. Claire Chazal comme n’importe quel téléspectateur devant son poste s’est retrouvé dans une posture d’écoute. La parole de celui qui a lourdement chuté n’a suscité aucune question de la part de la journaliste si ce n’est celle de façonner l’histoire par chapitre.

Cela amène le dernier point d’observation de cet entretien, observé du côté de la mise en scène, celui du chapitrage des propos. Dans un dispositif de discours univoque comme il en a été question, la journaliste n’avait que peu de champs d’action. La présence de Dominique Strauss-Kahn sur le plateau du « 20 H » de TF1 n’était en rien vouée à recueillir de nouvelles révélations ou à le mettre mal à l’aise. Par ailleurs, cette linéarité dans le déroulement de l’entretien s’est fortement ressenti dans les panneaux régulièrement diffusés en arrière plan « Primaire socialiste« , « L’avenir« , etc. Il s’agissait finalement de sous titrer les propos, d’offrir un support d’interprétation à ceux qui prenant l’entretien en cours ne seraient pas à quel moment de « lhistoire » Dominique Strauss-Kahn est est. D’ailleurs, il est intéressant de constater comment ce système de chapitrage a suivi scrupuleusement un déroulé temporel des quatre derniers mois, comme la mécanique mis en place pour ce déballage public s’est fait en harmonie profonde entre une parole vendue comme sincère, spontanée et profonde et les commodités que la diffusion télévisée se doit de mettre en place pour ménager un confort d’écoute au plus grand nombre.

Cette pratique telle qu’elle s’est manifestée ce soir mets en cause à la fois l’énonciateur, qui dans son discours de sincérité se doit de se conforter aux carcans du genre mais encore plus la journaliste qui devant suivre à la lettre son chapitrage pré-établi s’est coupée de tout le sel de l’entretien, celui de l’approfondissement du questionnement.

Ultime réflexion portée sur la libération de l’énonciation opérée par Dominique Strauss-Kahn au fur et à mesure que l’entretien se déroulait. Un rythme de parole de plus en plus commun, des silences réduits d’autant plus, un vocabulaire probablement moins affiné qu’en première partie et une posture mimofaciale qui s’est animée d’elle même, passant de l’austérité de la première partie à une palette beaucoup plus étoffée en seconde, conclut par la sagesse des deux yeux fermés en toute fin d’entretien, comme l’ultime signe de sagesse d’une soirée où cet axe aura était le fil conducteur d’une histoire dont chacun en retiendra la morale.

VIDEO DE L’ENTRETIEN DE DOMINIQUE STRAUSS-KAHN AU « 20 H » DE TF1 LE 18 SEPTEMBRE 2011

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