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Elysée story

Elysée story

Hier soir, Emmanuel Macron a donné sa toute première interview de Président de la République Française en direct sur TF1 et LCI pendant un peu plus d’une heure. Annoncée au dernier moment et relevant d’une certaine impatience du milieu méditique (tout du moins), elle n’a pas manqué de générer bon nombre de commentaires, qu’ils soient naturellement politiques, philosophiques mais également esthétiques. Sans se prêter ici au jeu du commentaire sur la parole, retour sur différents aspects de cette théâtralisation voir même de « télévisation » de la parole publique.

Cinq mois sans une prise de parole officielle et cérémonieuse face à des journalistes dans un monde hyper médiatisé où les brides de parole se génèrent désormais sur Facebook, Youtube, Instagram, etc, effectivement, c’est rageant pour des médias en partie déstabilisés par cette communication éclatée et par un évitement partiel de ces même médias traditionnels. Ainsi, on aura réussi à préserver un lieu, l’Elysée, mais dans un décorum tout à fait revisité et inédit sous la Ve République. La décoration régalienne historiquement établie fait place à des oeuvres de street art dont la notoriété aura été établie devant plus de 9,5 millions de citoyens et permit à Twitter de passer une nouvelle soirée de tweets intense (#Obey & #Alechinsky).

Au delà de tout cela, ce sont véritablement les artifices de mise en scène déployés qui ont attirés l’attention. Tout d’abord le générique de l’émission qui en tous points n’a rien à envier à celui d’une téléréalité.

Générique « Le Grand Entretien » VS Générique de « Koh-Lanta« .

Hypersonnalisation, mise en avant des personnages, des actions fortes, le tout dans une rythmique intense qui donne un ton solennel et grave, les similitudes sont nombreuses pour présager avant même le début de la prise de parole d’un dispositif télévisuel tout à fait classique.

Ensuite, comme vous pouvez le voir ci-dessous, tout devient une question de forme

A peine le générique terminé, on commence par un plan d’extérieur de l’Elysée capté côté jardin. Car comme dans toutes bonnes histoires, il faut tout d’abord présenter le lieu et cela Tristan Carné, le réalisateur de la soirée le sait pertinemment. Ce plan reviendra d’ailleurs à plusieurs reprises pendant le programme car au-delà de présenter le lieu, il permet de montrer qu’un dimanche soir à 20h, l’Elysée est totalement éclairé, sous entendu que tous les acteurs qui y vivent sont au travail pour la France et que le loft est rempli d’histoires.

Ensuite, la table où se trouve tous les interlocuteurs est vide d’objets, désespérément vide quand bien même celle du fond est quant à elle pleine d’outils de travail (stylo, papier, téléphone), de réflexion (nombreux livres) mais invariablement vide d’homme ou de femme. Paradoxale, l’un manquant irrémédiablement à l’autre et faisant de l’artifice, le seul point de coordination entre ces éléments.

Quant à ces tableaux, au-delà de leur portée symbolique et leur signification sur l’air du temps qui pèse sur nous tous (les attentats et la notion de fraternité qu’ils nécessitent pour tous), ils sont aussi vecteur de grandeur, d’échelle des valeurs. Des notions fondamentales supérieures sont en suspension au-delà de la conversation qui se tient en dessous. Chaque plan où ces oeuvres apparaissent les convoque dans les propos énoncés, c’est assez déstabilisant dans le suivi du propos.

Enfin, #TF1EMacron est là, à l’écran, pour rappeler que oui nous sommes en 2017, que tweeter en regardant la télévision est devenu un impondérable quand bien même cette ressource aussi aléatoire soit-elle n’est pas du tout exploitée, retrancrite, modélisée, utilisée. Elle est du bruit, elle est une publicité, elle ne sert pas la démocratie et sert tout au plus à catalyser des mécaniques de buzz.

Pendant 1h20, le Chef de l’Etat s’est exprimé, a déroulé sa parole, ses arguments, sa vision de la France et du Monde et pour que cela puisse intéresser, il aura fallu convoquer, un réalisateur de télévision coutumier des divertissements, huit caméras et autant de plans différents pour scénariser une parole, des échanges et des réactions, deux oeuvres de street art, trois journalistes, de nombreux objets symboliques disséminés, un bureau factice, etc.

En bref, a mi-chemin entre un escape game à distance où l’on devait résoudre des énigmes et une maison des secrets à la décoration qui pose question, nous avons vu quatre personnes enfermées dans un lieu drastiquement filmé où la résultante s’est avérée être focalisée sur la forme et bien sur le fond. Bienvenue dans un nouvel épisode de « Elysée Story« .

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