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L’instant M : quand une émission réflexive parle et pense média

L’instant M : quand une émission réflexive parle et pense média

Depuis maintenant quatre saisons à l’antenne de France Inter, « L’instant M » est une émission média qui ne veut pas totalement en être une et parvient, dans un paysage où l’actualité médiatique se résume le plus souvent à un échange de petites phrases creuses, à faire son sillon en explorant la face dense et sociétale de cette manière au combien intéressante que ce sont les médias et leurs discours. « L’instant M : quand une émission réflexive parle et pense média » avec un entretien fin d’article accordé par Sonia Devillers.

Les médias et leurs discours, c’est avant tout pencher pour un angle assez singulier, celui de considérer les médias comme un objet d’appréhension de la société qui nous entoure, comme une chambre d’écho et non seulement comme un objet isolé que l’on regarderait déconnecté des contextes qui en sont à son origine. Car ne l’oublions pas, un discours médiatique quel qu’il soit est avant tout résultant de conditions extérieures ; époques, faits, plateforme, préoccupations des émetteurs. Tant et tant de paramètres entrent en jeu et sont le plus souvent passés sous silence. Voici ce sur quoi « L’instant M » prend le temps de s’arrêter ; toutes ces conditions d’émission.

Dans ce contexte, interroger les médias, c’est avant tout interroger la société qui est autour. S’emparer des sujets d’actualité et décrypter la manière dont la sphère médiatique s’en empare est un enjeu considérable en terme de citoyenneté et d’accès à une information éclairée. Il y a peu, en compagnie de Viriginie Spies, nous évoquions la notion de citoyenneté éclairée qui peut émerger via l’éducation aux médias. Lorsque l’on écoute « L’instant M« , on entend une émission qui parle de manière concernée. Ce ne sont pas des sujets qui paraissent être traités par défaut, ils le sont car ils concernent celles et ceux qui font cette émission. Les médias sont convoqués par ce qu’ils témoignent d’une actualité, d’une dimension prise par celle-ci dans la sphère publique.

Le questionnement reste sous une certaine forme engagé, on ressent avant tout la défense de valeurs démocratiques, d’accès et de compréhension de l’information ; on interroge l’évolution des comportements face aux à toutes les formes d’objet médiatique.

Il ne s’agit pas d’une émission qui passe en revue l’actualité des médias mais qui met l’actualité au coeur du système médiatique. La société fourmille de questions, les médias en sont un reflet plus ou moins déformant, il est bon de faire une pause, interroger ces formats pour en comprendre les discours sous jacents et ce en toute facilité d’accès. On ne convoque pas de notions parfois abstraites, on prend le temps, on s’interroge, on joue de raisonnements successifs tout en interrogeant celles et ceux qui sont à l’origine de ces projets.

L’espace d’un « Instant M« , on accumule de quoi réfléchir au long cours. Passionnant.

>> ENTRETIEN SONIA DEVILLERS

Bonjour Sonia Devillers, on vous retrouve du lundi au vendredi à 9h40 sur France Inter pour votre émission « L’instant M« . Commençons tout d’abord par faire connaissance en vous laissant vous présenter, nous parler de votre parcours ainsi que ce qui vous a amené à la présentation de cette émission depuis 4 ans maintenant.

Avant tout, je ne suis pas issue d’une école de journalisme, j’ai tout d’abord suivi des études de Philosophie puis passé 11 ans en presse écrite, au Figaro, où j’ai collaboré à la rubrique média sous l’angle économique de la question. Par la suite, en 2011, j’ai intégré France Inter comme chroniqueuse dans l’émission d’Isabelle Giordano, « Les Affranchis ». Parallèlement, et pendant plusieurs étés consécutifs, (puis en version hebdomadaire le samedi après-midi à partir de la saison dès 2012), j’ai animé une émission quotidienne « Le Grand Bain » puis me voici aux manettes de « L’Instant M » depuis la rentrée 2014.

En quelques mots, quelles sont les principales étapes de construction de votre émission radio ?

Tout d’abord, c’est le choix du sujet. Celui-ci est le plus souvent déterminé, en concertation avec l’équipe, en lien étroit avec l’actualité et notre envie continuelle d’apprendre, de découvrir et de proposer aux auditeurs une certaine « pédagogie des médias » et de la manière dont les sujets peuvent être traités. La seconde étape, et sans doute la plus compliquée, est celle de trouver le bon invité. Entre disponibilités, concurrence importante des émissions / rubriques dédiées aux médias en radio ou en télévision, cette partie relève d’un véritable challenge quotidien.

Par ailleurs, il faut également que la personne que l’on souhaite inviter soit la bonne personne pour le sujet, pertinente, idéalement qu’elle puisse être hors promo pour obtenir des interviews déconnectées de cette pratique mais aussi et surtout qu’elle tienne de « bons discours« , c’est à dire des prises de parole qui amènent une certaine épaisseur au sujet.

En parallèle, une autre part considérable du travail réside dans la préparation en tant que telle de l’interview, des dossiers, savoir de quoi l’on parle et prendre le temps de consulter les émissions, documentaires, projets, articles pour construire une interview porteuse de sens et qui permette à l’auditeur de progresser dans le sujet.

En terme de choix des thématiques, qu’est-ce qui vous guide dans les choix des sujets que vous et votre équipe portez à l’antenne ?

Le mot d’ordre, le fil conducteur de l’émission est toujours l’actualité au sens général du terme. Il ne s’agit pas de se cantonner à l’actualité médiatique mais d’utiliser les médias comme chambre d’écho à ce qui se passe dans la société. Les médias à proprement parlé ne nous intéressent pas. Nous ne sommes pas des journalistes média, les membres de mon équipe proviennent d’univers éclectiques. Ainsi, les médias, pris dans le contexte sociétal et l’actualité, revêtent une importance tout autre et les questionner nous fait nous interroger sur la société qui les reçoit ainsi que les personnes et industries qui les émettent et les mettent en musique.

A ce titre, les événements autour de l’avenir de Prestalis (définition) nourrissent régulièrement votre émission, pourquoi ce choix ?

Car c’est un très gros sujet d’actualité qui a une portée beaucoup plus vaste que sa seule dimension médiatique, c’est un sujet démocratique à part entière que celui de l’accès par tous à la presse et à sa pluralité. Effectivement, le sujet n’est pas forcément évident à traiter, ici même à France Inter certains s’interrogent quant à la manière de le traiter et ont pu s’étonner que nous consacrions plusieurs fois l’antenne à ce sujet. Mais cela nous est apparu comme un sujet éminemment important, auquel nous nous efforçons d’apporter une dose de pédagogie.

Vous évoquez ces grands titres de l’actualité dont vous emparez comme porte d’entrée pour votre émission, mais à l’inverse, il y a aussi le plaisir de l’ouverture média par un projet plus modeste comme « Et là, c’est le drame » qui vous permet d’ouvrir sur une réflexion plus globale. Pourquoi opter pour ce type d’entrée en matière ?

Ici, le projet en question permet de porter la réflexion autour du sujet de « l’abêtissement » que les voix off apportent le plus souvent aux discours médiatiques par leurs réflexes et leurs modes d’énonciation. Ce support média, quel qu’il soit, c’est une opportunité qui nous est offerte pour aborder un sujet qui nous intrigue de longue date bien que n’étant pas en prise directe avec l’actualité immédiate. Néanmoins, dans la sphère médiatique, il demeure un sujet de réflexion passionnant et nous assouvissons de fait notre curiosité en saisissant cette opportunité.

Vous fixez-vous une certaine équité en terme de média traités, de façon à conserver une pluralité ?

Aucune, nous ne réfléchissons jamais aux sujets traités via ce prisme. Nous ne nous imposons aucun quota. Le sujet est le point de départ. Par la suite, c’est l’objet médiatique qui va servir de support à la discussion, à la réflexion et ce peu importe celui-ci.

Pour finir, et en référence à votre séquence de jeu du vendredi, quelles sont vos « madeleines » média (radio, télévision, presse écrite) ?

En terme de radio, je dois avouer que je n’avais pas une grande culture à ce niveau avant mon arrivée à France Inter. Néanmoins, dans mon enfance la radio n’était pas absente mais il ne s’agissait pas à l’époque de radios généralistes mais surtout de stations musicales comme Nostalgie, Chérie FM ou encore RFM. A l’heure actuelle, RTL 2 demeure une radio que j’écoute régulièrement.

Quant à mes « madeleines » en télévision, elles sont principalement orientées autour de deux dessins animés cultes que je ne pouvais pas manquer, Albator et Ulysse 31, avec une mention toute particulière pour le second que je considère comme un Chef d’oeuvre, aujourd’hui encore.

Enfin, ma « madeleine » presse sera Le Monde car il était souvent présent à la maison lors de mon enfance là encore. Mais plus qu’un titre de presse, ce sont deux journalistes en particulier pour lesquels j’ai une immense admiration ; Raphaëlle Bacqué, Grand Reporter au Monde et tout particulièrement ses portraits ainsi que Blandine Grosjean, ancienne journaliste à Libération en charge des questions de droit des famille et des femmes notamment. De ces deux journalistes, j’ai toujours eu un plaisir et une gourmandise à décortiquer le moindre de leur papier, que cela soit dans les angles, les tons, les styles. Tout chez ces deux journalistes m’a toujours enthousiasmé et elles représentent, chacune dans leur style, une véritable école du journalisme pour moi.

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