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Les gilets jaunes face aux défis de l’éducation aux médias (article 1)

Les gilets jaunes face aux défis de l’éducation aux médias (article 1)

Voici désormais deux mois que le mouvement protéiforme des gilets jaunes s’active quotidiennement aux quatre coins de la France tout en agissant par actes médiatiques successifs. Bien au-delà des considérations politiques et sociales mises en avant par ce mouvement, attachons-nous quelques instants sur la défiance médiatique qui nourrit ce mouvement à travers une série de quelques articles dédiés à ce vaste sujet.

De nombreux médias ont eu à subir des attaques physiques inacceptables depuis le début de ce mouvement, agressions parfois nourries par une forme de haine que les acteurs du mouvement nourrissent à l’égard de l’ensemble de la classe médiatique avec une attaque générale placée autour de l’idée que « les médias ne racontent pas la vérité » et que les journalistes ne sont pas objectifs.

Cette notion de « La Vérité » est une question de longue date quand on se penche à réfléchir et analyser le système médiatique. A ce titre, il est intéressant qu’un mouvement populaire soulève ce point et commence à questionner l’objet médiatique et ce qu’il nous en dit.

Parler de « La Vérité » suppose qu’elle existe, hors ce n’est pas le cas.

Néanmoins, il est fondamental de disposer des bons outils pour aborder cette question. Parler de « La Vérité » suppose qu’elle existe, hors ce n’est pas le cas. Tout un chacun qui questionne la parole médiatique doit le savoir car évoquer la vérité, c’est aborder un sujet de manière absolu sans aucun biais cognitif ou technique possible.

A ce titre, reprenons quelques éléments de base de fabrication d’une information diffusée dans un média.

  • Être journaliste
  • Apporter des éléments de contexte (5 W du journalisme : Who, What, Where, When, Why ? », c’est-à-dire : « qui a fait quoi, où, quand et pourquoi ?)
  • Réaliser son sujet / son papier selon les éléments à sa disposition, ses sources, le temps passé / consacré à son sujet
  • Les contraintes techniques de la diffusion (durée d’un sujet, nombre de caractères d’un article)

Ici, volontairement tous les éléments n’ont pas été listés mais ils permettent déjà d’apprécier toute la subtilité de vouloir imposer la sacro sainte notion de « La Vérité » comme manquement indigne et insulte faite par les médias aux citoyens.

Et omission volontairement faite quant à une forme de neutralité des propos que les journalistes se doivent de respecter dans leur métier. Et c’est sans doute par ce biais que les attaques les plus rudes sont parfois prononcées. Relater des faits, apporter des éléments de contexte ne semblent tout bonnement plus du tout suffisant aux gilets. Relater, pour certains, c’est ne pas retranscrire les revendications et ne pas donner écho à leurs combats.

Le journalisme n’est pas du militantisme.

Mais le journalisme n’est pas et ne doit pas être du militantisme. Des médias idéologiquement orientés existent, c’est une liberté et cela s’affiche et se défend. Mais demander au « Parisien », « BFM TV » ou encore « RTL » d’apporter une information orientée n’est pas compatible avec l’essence même de ces médias, qui informent, donnent à réfléchir. A chaque citoyen d’enrichir sa réflexion par une pluralité de sources, quand celles-ci demeurent des sources fiables, ce qui fera l’objet du second article de cette série.

Un premier article pour sensibiliser une fois encore et plus que jamais à l’enjeux sociétal et démocratique crucial que représente l’éducation aux médias. Apprendre à lire la presse, écouter la radio, regarder la télévision ou surfer sur internet est bien loin de simples actions mécaniques faisant appel à des fonctions et capacités techniques possédées par chacun.

Les discours médiatiques sont le plus souvent compliqués à comprendre au-delà de leurs apparences. Les journalistes et leur travail sont essentiels et leur défense ainsi que leur liberté est à assurer à chaque instant par toutes et tous. Et pour que le système médiatique et citoyen soit dynamique ne nous privons jamais de questionner leur travail car ceci est un contre pouvoir du peuple que nous nous devons de faire une fois les bases de connaissance de connaissance de la production médiatique assimilées.

2 commentaires

  1. Je vous remercie de rappeler que l’éducation aux médias est essentielle dans la formation du citoyen dans une société démocratique. Depuis 1988, Les Pieds dans le Paf, association dont je suis membre, contribuent à cette éducation en intervenant dans les écoles et dans tous les autres lieux qui nous sollicitent aussi bien auprès des enfants, des jeunes ou des adultes.

    Cependant, votre article laisse à penser que le problème ne serait qu’un manque d’éducation du public. C’est un peu réducteur, plus exactement parcellaire. Nous constatons dans nos interventions que beaucoup ont un sens critique vis à vis de l’information plus développé qu’on le croit.

    Aussi, vous donnez l’impression que les médias et les journalistes seraient irréprochables et mal compris… Sans évidemment généraliser, ce qui serait aussi réducteur, force est de constater que les éléments indispensables pour la fabrication d’une information que vous indiquez, ne sont parfois, souvent, pas respectés. Cela tient aux conditions de production de l’information : manque de temps pour faire un vrai travail journalistique pour répondre aux exigences de la diffusion en continu et en temps réel, précarité des emplois et manque d’indépendance économique puisque la plupart des médias sont la propriété de quelques-uns défendant plus leurs intérêts que l’intérêt général… Mais aussi, à la présence à longueur d’antenne et en vase clos que quelques éditorialistes qui assènent des points de vue uniformes n’appartenant qu’à eux et qu’ils présentent comme des vérités absolues qui ne résistent pas toujours à l’épreuve des faits…

    Quelques exemples : Ils s’époumonent à vouloir faire croire que le mouvement des Gilets jaunes s’essouffle et pourtant il y a encore du monde dans les rues et sur les ronds-points… Avec un soutien constant des français selon les sondages… On voit un Jean Michel Apathie affirmer sans ciller qu’Éric Drouet avait voté Marine Le Pen aux deux tours de la présidentielle sans avoir citer aucune source et il a fallu un travail d’enquête de Libération, à posteriori, pour le démontrer… (au passage, c’est intéressant à souligner cette évolution des médias qui font du fakechecking et donc faire un travail d’enquête après la diffusion de l’information). Disparue aussi l’indépendance de la communication des chiffres que l’on a vendu depuis quelques années. Seuls les chiffres du Ministère de l’intérieur et des préfectures ne sont cités par la presse.

    Pour le meilleur et pour le pire, les réseaux sociaux font que les journalistes ne sont plus les seuls producteurs de l’information. Pour le meilleur, car ils permettent une autre information contrecarrant une « vérité officielle » et une plus grande diversité d’expression des opinions. Pour le pire, car ils diffusent aussi des manipulations et des théories du complot. D’où la nécessité de l’éducation aux médias.

    Et le constat est que les journalistes, comme la plupart des corps intermédiaires, payent le prix fort face à cette situation : pris en grippe à la fois par le public (cela fait des années qu’il y a une perte de confiance dans les journalistes, un sondage le rappelle chaque année) et par le pouvoir. Les journalistes (souvent pigistes) sur le terrain subissent autant la violence de manifestants que de la police…

    La profession se doit de réagir, se remettre en question sans considérer que les critiques qui leurs sont faites sont des atteintes à la liberté de la presse… Nous avons besoin, en tant que citoyens, de médias et donc de journalistes réellement indépendants… J’ai toujours en tête une citation d’Aubenas et Benasayag dans « la fabrique de l’information » (publié en 1999 !) : on ne demande pas aux journalistes d’être objectifs mais d’être honnêtes ». C’est tout ce que l’on leur demande. Et vous savez bien que beaucoup de gens, j’en fais partie, seront à leurs côtés dans ce combat…

    Ce texte est un point de vue et assumé en tant que tel. Pertinent ou pas. Avec des erreurs, des raccourcis ; des approximations ou pas. Celui d’un « usager des médias » et non d’un professionnel… Et si ceux-ci rappelaient également de temps en temps que l’information qu’ils produisent étaient aussi des points de vue ?

  2. Merci Denis pour votre commentaire détaillé et ravis d’entendre que l’éducation aux médias vous tient réellement à corps et ce depuis de longues années.

    Dans le fond, je suis tout à fait d’accord avec vous et ce sur de nombreux points. A l’occasion, je vous laisse parcourir mon blog et les centaines d’articles qu’il contient pour que vous puissiez juger du fait que je sois du côté ou non des journalistes et là n’est pas le débat.

    La critique des médias est fondamentale, sans elle, cette profession n’a plus de sens. Jamais je ne souhaiterai que la critique des médias se tasse, bien au contraire. Le sens de l’article que je propose là est de poser tout de même quelques bases du journalisme (bien évidemment des conditions de production, travail, etc. influencent ces principes) afin que certains Gilets Jaunes apprennent tout simplement ce qu’est que produire une information car le raccourci présenté par certains manifestants est fait sous le coup de l’ignorance de cette profession et de son fonctionnement.

    Ici, je souhaite que oui l’on critique les médias (dans acception générale et non uniquement négative) mais qu’on le fasse en connaissance de cause du fonctionnement de cette profession, sans quoi les critiques n’auront aucun sens et ne seront émises que depuis un environnement de récepteur de l’information et non de producteur de l’information.

    Quant aux réseaux sociaux permettant dans un aspect positif l’émergence d’une information contrecarrant la « vérité officielle », j’émets beaucoup de réserves sur cet aspect tant produire une information reste un métier et n’est pas un don inné donné à chacun sans travailler ce savoir ou alors on tombe dans de simples points de vue mais qui n’ont pas une vocation informationnelle.

    A vous lire.

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